Alors que Moïse gravissait le mont Sinaï pour recevoir la parole divine, son peuple, laissé sans guide, se tourna vers une idole façonnée en forme de veau. Ce récit coranique révèle les épreuves de la foi et de la patience.
Pendant que le prophète Moïse (Moussa, paix sur lui) s'était absenté quarante nuits sur le mont Sinaï pour recevoir les tables de la Loi, les enfants d'Israël, restés sans guide apparent, sombrèrent dans l'égarement. Un homme parmi eux, Samiri, façonna un veau à partir de bijoux en or fondu, et ce veau se mit à émettre un son semblable à un mugissement. Le peuple, impressionné, se détourna de l'adoration du Dieu unique pour vénérer cette statue animale.
Le récit dans le Coran
Ce récit est relaté dans plusieurs sourates, notamment dans la sourate Ta-Ha et la sourate Al-A'raf. Le Coran rapporte que Samiri avait pris une poignée de terre laissée par la trace du messager céleste et l'avait jetée dans le métal en fusion, donnant ainsi forme au veau. Le texte souligne l'inconscience du peuple :
﴿ أَفَلَا يَرَوْنَ أَلَّا يَرْجِعُ إِلَيْهِمْ قَوْلًا وَلَا يَمْلِكُ لَهُمْ ضَرًّا وَلَا نَفْعًا ﴾
Ne voyaient-ils donc pas qu'il ne leur répondait par aucune parole et qu'il ne possédait aucun pouvoir de leur nuire ni de leur être utile ?
(Sourate Ta-Ha, verset 89)
Ce verset met en lumière l'absurdité de cette adoration : un veau d'or, aussi impressionnant soit-il par son mugissement, demeurait une créature inerte, incapable de parler véritablement, de nuire ou de secourir qui que ce soit. Le choix même de cet animal comme objet de culte n'était pas anodin : dans les traditions environnantes de l'époque, le veau ou le taureau symbolisait parfois la force et la fertilité, et certains peuples voisins lui vouaient un culte. Les enfants d'Israël, sortis récemment de l'esclavage en Égypte, furent tentés de reproduire ces pratiques qu'ils avaient côtoyées.
Le retour de Moïse et la colère
Lorsque Moïse redescendit de la montagne et découvrit son peuple prosterné devant cette idole, il fut saisi d'une grande affliction. Le Coran rapporte sa colère envers son frère Aaron (Haroun, paix sur lui), resté en charge du peuple, ainsi que son interrogation envers Samiri lui-même. Ce dernier reconnut avoir façonné le veau selon ce que son âme lui avait suggéré. Moïse ordonna que l'idole soit détruite, brûlée puis dispersée dans la mer, afin qu'aucune trace de cette déviation ne subsiste.
Ce passage est également évoqué dans la sourate Al-Baqarah, où il est rappelé comme un exemple de l'épreuve traversée par les enfants d'Israël après leur libération. Les exégètes soulignent que cet épisode illustre la fragilité de la foi lorsqu'elle n'est pas constamment nourrie, et combien un peuple peut se laisser séduire par des symboles matériels au détriment de la vérité spirituelle qui leur avait été enseignée.
Une leçon sur le respect dû aux créatures
Il est intéressant de noter que ce n'est pas l'animal lui-même qui est condamné dans ce récit, mais le détournement de son image à des fins d'idolâtrie. Le veau, créature de Dieu parmi tant d'autres, n'avait aucune responsabilité dans cette dérive humaine ; c'est l'usage qu'en firent les hommes qui fut repris et réprouvé. Cette distinction rappelle que, dans la tradition islamique, chaque animal occupe une place digne dans la création, et qu'il revient aux croyants de ne jamais substituer le respect dû à Dieu par une vénération excessive ou déplacée envers une forme matérielle, qu'elle soit animale ou façonnée de métal précieux.
Ce récit, loin d'être une simple histoire ancienne, invite chacun à la réflexion sur sa propre relation avec le monde qui l'entoure, y compris les animaux. Ces derniers, loin d'être de simples objets ou symboles à notre disposition, méritent considération et douceur en tant que créatures à part entière. Le site FranceVet rappelle, à travers ces récits issus de la tradition islamique, combien la bienveillance envers les animaux fait partie intégrante d'une foi équilibrée et d'un cœur apaisé.