Dans les troupeaux qui paissent paisiblement, le Coran invite à lire un signe du pouvoir créateur d'Allah : du lait pur jailli entre sang et chyme, et des bienfaits multiples offerts à l'humanité.
Parmi les bêtes que l'homme côtoie depuis toujours, les bestiaux — chameaux, bovins, ovins et caprins, désignés en arabe par le terme « an'âm » — occupent une place particulière dans le Coran. Ils ne sont pas présentés comme de simples ressources, mais comme des signes (ayât) que Dieu place devant les hommes pour qu'ils méditent sur Sa création.
Un signe dans le lait des troupeaux
La sourate An-Nahl, dite « des Abeilles », consacre plusieurs versets à ces animaux. L'un d'eux décrit avec une précision saisissante le processus par lequel le lait se forme dans le corps de la bête :
﴿ وَإِنَّ لَكُمْ فِي الْأَنْعَامِ لَعِبْرَةً نُسْقِيكُم مِّمَّا فِي بُطُونِهِ مِن بَيْنِ فَرْثٍ وَدَمٍ لَّبَنًا خَالِصًا سَائِغًا لِّلشَّارِبِينَ ﴾
« Il y a certainement un enseignement pour vous dans les bestiaux : Nous vous abreuvons de ce qui est dans leurs ventres, – d'entre la digestion et le sang – d'un lait pur, agréable à boire pour ceux qui le boivent. »
(Sourate An-Nahl, verset 66)
Ce verset invite à s'arrêter sur un phénomène que l'on observe sans toujours y réfléchir : à l'intérieur même de l'animal, entre les résidus de la digestion et le sang qui circule, se forme un liquide d'une pureté totale, nourrissant et sans aucun mélange apparent avec ce qui l'entoure. Pour les commentateurs du Coran, cette séparation parfaite illustre la précision du pouvoir créateur, capable de tirer, au cœur d'un même corps, une substance aussi différente de son origine.
Des bienfaits multiples offerts aux hommes
D'autres versets de la même sourate élargissent le propos aux multiples bienfaits que ces animaux apportent : leur chair pour se nourrir, leur laine et leur poil pour se vêtir et fabriquer des tentes, leur force pour porter les fardeaux vers des contrées que l'on n'atteindrait qu'avec peine. Il est rapporté que les commentateurs voient dans cette diversité d'usages — nourriture, habillement, transport, chaleur — une preuve supplémentaire que rien dans la création n'est laissé au hasard : chaque élément du vivant répond à un dessein et sert, d'une manière ou d'une autre, l'équilibre de la vie humaine.
Le Coran rappelle aussi, dans la sourate Al-An'âm — dont le nom même signifie « les bestiaux » — que ces animaux sont créés « en couples », certains pour le trait, d'autres pour la monte, chacun selon sa nature propre. Cette classification n'est pas un simple inventaire : elle invite le croyant à observer l'ordre et la mesure qui président à la création, du plus petit insecte jusqu'au plus grand des troupeaux.
Une leçon pour qui observe
Ce qui frappe dans ces versets, c'est l'insistance sur le verbe « méditer », « réfléchir », « voir un signe ». Le Coran ne se contente pas de décrire la nature, il invite constamment le lecteur à en tirer une leçon spirituelle : la complexité silencieuse d'un animal paisible, qui broute sans connaître la finesse des processus qui s'opèrent en lui, devient ainsi un rappel de la grandeur du Créateur, perceptible pour quiconque prend le temps d'observer.
Cette manière de regarder les bestiaux comme des signes à méditer résonne encore aujourd'hui dans la façon dont on devrait les traiter. Si leur existence même est présentée comme une preuve de sagesse divine, alors prendre soin d'eux, leur assurer une alimentation saine, un abri digne et une fin de vie sans cruauté n'est pas un détail secondaire : c'est reconnaître, à travers un geste de bienveillance quotidien, la valeur que le Coran attribue à chacune de ces créatures.