Un troupeau de moutons égaré dans un champ cultivé devient, dans le Coran, le point de départ d'un jugement rendu par le prophète Dawud puis affiné par son fils Sulayman, paix sur eux.
Le récit se trouve dans la sourate Al-Anbiya. Un litige est porté devant le prophète Dawud (David), paix sur lui : un troupeau de moutons appartenant à des gens s'est introduit de nuit dans un champ cultivé et l'a ravagé. Les propriétaires du champ demandent réparation, et Dawud est chargé de trancher entre les deux parties.
Le jugement de Dawud et de Sulayman
Dawud rend un jugement. Son fils Sulayman (Salomon), paix sur lui, qui était présent, propose une autre manière de résoudre le litige, jugée plus équitable pour les deux parties. Le Coran évoque ce moment précis :
﴿ وَدَاوُۥدَ وَسُلَيْمَٰنَ إِذْ يَحْكُمَانِ فِى ٱلْحَرْثِ إِذْ نَفَشَتْ فِيهِ غَنَمُ ٱلْقَوْمِ وَكُنَّا لِحُكْمِهِمْ شَٰهِدِينَ ﴾
« Et [rappelle-toi] Dawud et Sulayman quand ils jugeaient à propos du champ cultivé où des moutons appartenant à des gens étaient allés paître de nuit ; Nous étions témoins de leur jugement. »
(Sourate Al-Anbiya, verset 78)
Le verset suivant précise que c'est à Sulayman que la compréhension la plus juste de l'affaire fut accordée, tandis qu'à chacun des deux prophètes furent donnés sagesse et savoir. Certains exégètes rapportent que la solution envisagée consistait à confier temporairement le troupeau aux propriétaires du champ endommagé, le temps que la terre se régénère, et à rendre ensuite les moutons à leurs propriétaires une fois le champ restauré — une manière de réparer le tort sans priver définitivement personne de son bien. Le Coran ne détaille cependant pas tous les termes précis de l'arrangement, et il convient de rester prudent sur les éléments qui relèvent de l'interprétation plutôt que du texte lui-même.
Une leçon de sagesse et de justice
Ce passage met en lumière plusieurs enseignements qui reviennent souvent dans les récits coraniques liés à Sulayman :
- La justice doit tenir compte du préjudice réel subi par chacune des parties.
- La sagesse ne s'oppose pas à la justice : elle permet de trouver une solution qui répare le tort sans excès.
- Le savoir et la capacité de juger sont présentés comme des dons accordés par Allah, et non de simples qualités humaines acquises seules.
Le troupeau de moutons occupe ici une place discrète mais essentielle : ce sont eux qui, en errant de nuit dans le champ, provoquent la situation qui permet de révéler la sagesse des deux prophètes. Les animaux, dans ce récit comme dans beaucoup d'autres passages coraniques, ne sont jamais de simples décors : leur comportement, leurs besoins et les conséquences de leurs actes s'inscrivent dans un ordre que le Coran invite à observer avec attention.
Cette histoire rappelle aussi une responsabilité concrète : celle de veiller sur les animaux dont on a la garde. Un troupeau laissé sans surveillance peut causer du tort, tout comme il peut lui-même être exposé au danger s'il erre sans protection. Prendre soin des animaux, s'assurer qu'ils sont bien gardés, nourris et en sécurité, tout en respectant le travail et les biens d'autrui, s'inscrit dans cet esprit de justice et d'équilibre que le récit de Dawud et Sulayman nous invite à méditer.