Une petite fourmi, un prophète et une armée en marche : ce court épisode coranique cache une leçon immense sur l'attention portée aux plus faibles des créatures.
Dans la sourate An-Naml, « Les Fourmis », le Coran rapporte un épisode singulier de la vie du prophète Salomon (Sulayman ﷺ n'est pas correct ici, précisons : la formule ﷺ est réservée au Prophète Muhammad ﷺ). Salomon, sur lequel soit la paix, marchait à la tête de son armée composée d'hommes, de djinns et d'oiseaux, lorsque le convoi approcha d'une vallée peuplée de fourmis.
Le cri d'alerte d'une fourmi
C'est alors qu'une fourmi, voyant approcher cette immense armée, s'écria pour avertir ses semblables de se mettre à l'abri, de peur qu'elles ne soient écrasées sans même que Salomon et ses troupes ne s'en rendent compte.
﴿ حَتَّىٰ إِذَا أَتَوْا عَلَىٰ وَادِ النَّمْلِ قَالَتْ نَمْلَةٌ يَا أَيُّهَا النَّمْلُ ادْخُلُوا مَسَاكِنَكُمْ لَا يَحْطِمَنَّكُمْ سُلَيْمَانُ وَجُنُودُهُ وَهُمْ لَا يَشْعُرُونَ ﴾
« Quand ils arrivèrent à la vallée des fourmis, une fourmi dit : "Ô fourmis, entrez dans vos demeures, de peur que Salomon et ses armées ne vous écrasent sans s'en rendre compte." »
(Sourate An-Naml, verset 18)
Le verset suivant précise que Salomon, entendant ce cri, sourit, amusé et touché par les paroles de la fourmi, et il invoqua Dieu en Le remerciant de lui avoir accordé la faveur de comprendre le langage des créatures et de rester reconnaissant envers Lui.
Une leçon de vigilance et d'humilité
Les commentateurs du Coran ont souligné plusieurs enseignements tirés de ce court passage. D'abord, la fourmi, bien que minuscule et dépourvue de toute force apparente, fait preuve d'une responsabilité admirable : elle veille sur sa communauté et donne l'alerte sans attendre que le danger ne soit imminent. Il est rapporté que certains exégètes ont vu dans cette scène un exemple de sollicitude collective, où même les plus petits êtres organisent leur protection mutuelle.
Ensuite, la réaction de Salomon est elle-même riche d'enseignement. Plutôt que de manifester une quelconque supériorité face à cette petite créature, le prophète sourit avec bienveillance et rend grâce à Dieu. Ce moment illustre l'idée qu'aucune créature, si modeste soit-elle, n'est indigne d'attention, et que la sagesse consiste parfois à savoir écouter ce que l'on croyait inaudible.
Ce récit rappelle également que le monde animal, dans la vision coranique, n'est pas un simple décor silencieux : les fourmis, comme d'autres créatures mentionnées dans le Coran, possèdent leur propre forme d'organisation, de communication et de conscience du danger. Le Coran évoque ailleurs, dans la sourate An-Nahl consacrée aux abeilles, cette même idée d'un ordre naturel où chaque créature a sa place et sa fonction.
Ce que cela nous apprend aujourd'hui
Cette histoire, bien que brève, invite à porter un regard différent sur les plus petites créatures qui nous entourent. Une fourmi qui traverse notre chemin n'est pas un simple détail insignifiant : elle appartient à un ordre vivant, organisé, capable de vigilance et de solidarité envers les siens.
Retenir cet épisode, c'est se rappeler que la bienveillance envers les animaux commence par une attention simple : regarder où l'on marche, éviter de détruire sans nécessité un nid ou une fourmilière, et reconnaître que chaque créature, aussi discrète soit-elle, occupe une place voulue dans l'équilibre du vivant. À l'image de Salomon souriant devant la sagesse d'une petite fourmi, cultiver cette douceur envers les plus humbles créatures est une manière concrète d'honorer la création tout entière.