Oui : les moutons reconnaissent et mémorisent des dizaines de visages, aussi bien de congénères que d'humains, parfois pendant plus de deux ans. Cette capacité repose sur des circuits cérébraux spécialisés dans le traitement facial, comparables à ceux observés chez les primates, ce qui contredit l'image d'un animal peu intelligent.
Un cerveau câblé pour les visages
Des expériences comportementales ont montré que des moutons entraînés à choisir une image parmi deux pour obtenir une récompense parviennent à distinguer jusqu'à une cinquantaine de visages différents, aussi bien ceux d'autres moutons que des visages humains photographiés de face. Ils réussissent même à reconnaître un individu familier lorsque son visage est présenté sous un angle inhabituel ou avec un éclairage différent, preuve qu'ils ne mémorisent pas une simple image figée mais construisent une représentation plus abstraite du visage.
Cette performance s'appuie sur une organisation cérébrale spécifique : certaines zones du cortex temporal du mouton s'activent préférentiellement face à des visages plutôt qu'à d'autres formes visuelles, un fonctionnement qui rappelle celui des aires de reconnaissance faciale chez les singes et les humains. Les moutons utilisent aussi les deux hémisphères de façon asymétrique pour traiter ces informations, ce qui suggère un traitement neuronal élaboré et non un simple réflexe conditionné.
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La mémoire mise en jeu est également remarquable par sa durée : dans certains protocoles, des moutons séparés de leurs congénères familiers ont pu les reconnaître après plus de deux ans sans contact, un délai bien supérieur à ce que l'on observe chez de nombreux autres animaux d'élevage pour ce type de tâche.
Une intelligence sociale sous-estimée
Cette capacité de reconnaissance faciale s'explique par le mode de vie grégaire du mouton, dont la survie dans le troupeau dépend en partie de sa capacité à identifier rapidement ses proches, ses rivaux ou les individus dominants. Loin de l'image d'un animal suiveur et peu réfléchi, ces travaux montrent une cognition sociale complexe, comparable par certains aspects à celle décrite chez d'autres mammifères sociaux étudiés en sciences du comportement animal.
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