Non, les taureaux ne détestent pas le rouge : ils sont dichromates et perçoivent très mal cette couleur, qui leur apparaît plutôt terne, proche du gris ou du jaune-brun. Ce qui déclenche réellement la charge dans la corrida, c'est le mouvement de la cape agitée par le torero, pas sa teinte.
Une vision dichromate, insensible au rouge
Comme la plupart des bovins, la vache et le taureau possèdent seulement deux types de cônes rétiniens (vision dichromate), sensibles au bleu et au jaune-vert, contre trois types chez l'humain. Le rouge et le vert leur sont donc difficiles à distinguer : ils sont vus dans des nuances de gris ou de beige, avec un contraste de luminosité plutôt qu'une couleur vive. Cette caractéristique, commune à de nombreux ongulés herbivores, s'explique par l'évolution d'une vision optimisée pour repérer les prédateurs dans la végétation plutôt que pour discriminer les teintes chaudes.
Des essais réalisés avec des capes de couleurs différentes (rouge, bleu, blanc) mais agitées de la même façon montrent que le taureau charge indifféremment, quelle que soit la couleur du tissu. En revanche, un chiffon immobile, même écarlate, ne provoque quasiment aucune réaction. C'est le déplacement brusque de l'étoffe, associé au bruit et à la posture du toréador, qui déclenche le comportement de charge, un réflexe défensif ou territorial bien documenté chez les bovins face à un stimulus visuel mouvant perçu comme une menace.
Une couleur choisie pour l'humain, pas pour l'animal
Le rouge de la muleta est une convention culturelle et esthétique, choisie pour masquer les taches de sang aux yeux du public et pour son fort contraste visuel dans l'arène — un choix qui parle à l'œil humain trichromate, pas à celui du taureau. L'idée reçue vient probablement de cette symbolique du rouge associée à la colère ou au danger dans la culture populaire, projetée à tort sur la perception animale.
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