Les lapins mangent leurs crottes molles pour récupérer des vitamines B et K ainsi que des protéines d'origine microbienne produites dans leur cæcum : c'est la cæcotrophie, un comportement alimentaire normal et indispensable, et non un trouble du comportement.
Un second passage digestif indispensable
Le système digestif du lapin fonctionne en deux temps. Une première digestion dans l'estomac et l'intestin grêle est suivie d'une fermentation bactérienne intense dans le cæcum, un organe volumineux où prolifèrent des micro-organismes capables de dégrader les fibres végétales. Cette fermentation produit des cæcotrophes : des petites masses molles, luisantes, enveloppées de mucus, riches en protéines bactériennes, en acides gras volatils et en vitamines B et K que le lapin ne sait pas synthétiser ou absorber directement.
Ces cæcotrophes sont émis principalement la nuit ou tôt le matin, généralement en fin de repos, et le lapin les prélève directement à l'anus pour les avaler entiers, sans les mâcher longuement. Ils transitent alors une seconde fois par l'estomac, où leur enveloppe protectrice se dissout progressivement, ce qui permet une digestion et une absorption complètes des nutriments qu'ils contiennent. Ce mécanisme est comparable, dans sa fonction, à la rumination des herbivores ruminants, mais il s'appuie sur un recyclage fécal plutôt que sur une remastication.
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Les crottes dures, rondes et sèches que l'on observe le jour sont un déchet définitif, déjà appauvri en nutriments : elles ne sont jamais reconsommées. Un lapin empêché d'accéder à ses cæcotrophes, par exemple à cause d'une collerette, d'une obésité limitant la souplesse nécessaire pour atteindre l'anus, ou d'une douleur dentaire ou dorsale, développe rapidement des carences en vitamines B et K et perd une part importante de son apport protéique quotidien.
Une observation qui inquiète souvent à tort
Voir un lapin « manger ses crottes » surprend fréquemment les nouveaux propriétaires, qui craignent un problème de santé. Ce comportement, discret car nocturne, est en réalité le signe d'un système digestif fonctionnel. Seule l'absence prolongée de cæcotrophie, ou au contraire l'accumulation de cæcotrophes non consommés collés au pelage, justifie un avis vétérinaire, car cela peut traduire une douleur, une obésité ou un trouble digestif sous-jacent.
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