Comment un serpent peut-il avaler une proie plus grosse que sa tête ?
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L'anaconda vert n'a pas de mâchoire « décrochée » : contrairement à une idée reçue tenace, les deux moitiés de sa mandinbule inférieure ne se déboîtent pas. Elles restent reliées par un ligament élastique très extensible qui leur permet de s'écarter largement et d'avancer en alternance, l'une puis l'autre, pour tracter la proie vers l'intérieur.
Une mécanique d'avancée alternée
Chez Eunectes murinus, les os du crâne et de la mâchoire supérieure sont reliés entre eux par des ligaments souples plutôt que par des sutures rigides comme chez les mammifères. Chaque moitié de la mandibule inférieure porte des rangées de dents recourbées vers l'arrière : quand une moitié progresse sur la proie, l'autre reste ancrée, puis elles alternent, un peu comme une marche gauche-droite, jusqu'à ce que la proie soit entièrement engloutie. Ce mécanisme, appelé mouvement bipédal de la mâchoire, est bien documenté chez les grands boïdés.
La peau et les muscles de la gorge sont eux-mêmes extrêmement extensibles, avec des ligaments élastiques entre les os squamosaux et carrés qui autorisent une ouverture buccale bien supérieure au diamètre habituel de la tête. Chez un anaconda vert adulte, dont la circonférence corporelle peut dépasser 30 cm, cette extensibilité permet d'ingérer des proies comme des capybaras ou de jeunes caïmans, bien plus volumineuses que le crâne du serpent au repos.
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Un autre point clé : pendant cette déglutition qui peut durer de longues minutes, voire plusieurs heures pour une grosse proie, l'animal doit continuer à respirer. La trachée est déportée vers l'avant, à la base de la bouche, et peut être poussée en avant comme un petit tube rigide qui reste dégagé même lorsque le pharynx est complètement rempli par la proie.
Une digestion qui mobilise tout l'organisme
Après un tel repas, souvent espacé de plusieurs semaines chez l'anaconda vert, le métabolisme s'accélère fortement : le cœur et les organes digestifs augmentent temporairement de volume pour faire face à l'afflux d'énergie nécessaire à la digestion d'une proie massive. Ce phénomène, bien étudié chez les grands serpents, illustre à quel point l'ensemble du corps, et pas seulement la mâchoire, est adapté à ce mode d'alimentation peu fréquent mais très calorique.
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