Un chat enfermé, un chien assoiffé, une colonie de fourmis : dans les hadiths, la compassion envers l'animal pèse lourd. Voyons ce que rapportent Sahih al-Bukhari et Sahih Muslim, et pourquoi la cruauté y est si fermement écartée.
Le Prophète Muhammad ﷺ a raconté l'histoire d'une femme qui avait enfermé une chatte jusqu'à ce qu'elle meure. Elle ne lui avait donné ni nourriture ni boisson, et ne l'avait pas non plus laissée aller chercher de quoi se nourrir sur la terre. Le hadith, rapporté dans Sahih al-Bukhari et Sahih Muslim, précise qu'elle entra en Enfer à cause de cette chatte.
Une faute qui paraît petite, un enseignement immense
Ce récit frappe par sa simplicité. Il n'y est question ni d'un grand crime ni d'une longue histoire : il y a un animal dépendant, et une personne qui avait son sort entre les mains. Les savants y voient un rappel de la responsabilité envers un être qui ne peut ni demander ni se plaindre. Le hadith ne décrit pas davantage ce que cette femme avait fait par ailleurs : il retient ce geste et sa gravité.
À l'inverse, la tradition rapporte, dans Sahih al-Bukhari et Sahih Muslim, l'histoire d'un homme qui marchait par une chaleur accablante. Assoiffé, il descendit dans un puits et but. En remontant, il vit un chien qui haletait et mangeait la terre humide tant il avait soif. L'homme se dit que ce chien souffrait comme lui. Il redescendit, remplit son soulier d'eau, le tint avec sa bouche pour remonter, puis abreuva le chien. Allah l'en remercia et lui pardonna. Les compagnons demandèrent alors : « Avons-nous donc une récompense pour ce que nous faisons aux animaux ? » Il répondit : « Il y a une récompense pour toute créature vivante. »
Les fourmis, l'oiseau et la lame bien aiguisée
Un autre hadith, rapporté lui aussi par Sahih al-Bukhari et Sahih Muslim, évoque un prophète d'autrefois qui, piqué par une fourmi, fit brûler toute la colonie. Allah lui fit alors comprendre que, pour la piqûre d'une seule fourmi, il avait détruit une communauté qui célébrait Sa gloire. Le message est clair : même face à une gêne réelle, la réponse ne doit pas être démesurée.
Dans Sahih Muslim, on rapporte aussi que le Prophète ﷺ passa près d'un âne marqué au visage au fer rouge. Il désapprouva fermement ce geste. Et dans Sunan Abi Dawud, il est rapporté que des compagnons avaient pris les petits d'une fauvette ; la mère battait des ailes au-dessus d'eux. Le Prophète ﷺ demanda : « Qui a troublé cet oiseau en lui prenant ses petits ? Rendez-les-lui. »
Enfin, Sahih Muslim rapporte ces paroles du Prophète ﷺ : Allah a prescrit l'excellence en toute chose ; lorsque l'on abat un animal, il faut le faire de la meilleure manière, aiguiser sa lame et épargner à la bête une souffrance inutile. Même dans ce moment, la douceur reste donc une exigence.
Ce que ces récits nous apprennent
Ces hadiths ont un point commun : ils rappellent que l'animal est une créature dotée de sensibilité, qui ressent la soif, la peur et la douleur. Ils ne laissent aucune place à la cruauté gratuite, qu'elle prenne la forme de l'abandon, de la brutalité ou de la démesure. Chaque fois, l'attention porte sur le cœur de celui qui agit : saura-t-il voir la souffrance et y répondre ?
Pour la vie de tous les jours, la leçon est simple : donner à boire à un animal assoiffé, ne pas l'enfermer sans soins, ne pas le brusquer, ne pas lui infliger de peine inutile. Ce sont de petits gestes, et l'histoire du chien rappelle qu'ils peuvent compter beaucoup. La bienveillance envers les animaux n'est pas un détail : elle fait partie du beau comportement que le Prophète ﷺ a enseigné.