Le thon rouge nage en bancs pour diluer le risque d'être attaqué, brouiller le repérage des prédateurs, économiser de l'énergie en profitant du sillage de ses voisins et repérer plus efficacement les zones de nourriture, sans qu'aucun individu ne dirige le groupe.
Une coordination sans chef, portée par la ligne latérale
Chaque thon perçoit les mouvements de ses voisins immédiats grâce à sa ligne latérale, un organe sensoriel qui détecte les vibrations et variations de pression dans l'eau, complétée par une vision périphérique très développée. Ces informations locales suffisent : chaque poisson ajuste sa vitesse et sa direction par rapport à quelques congénères proches, ce qui génère collectivement des formes de banc cohérentes, sans qu'un individu ne prenne le rôle de meneur. Ce mode de coordination décentralisé permet des réactions quasi instantanées face à un danger, l'ensemble du groupe pouvant changer de direction en une fraction de seconde.
Le banc offre aussi un avantage hydrodynamique : en se plaçant en léger décalage derrière un voisin, un thon peut exploiter les tourbillons créés par le corps qui le précède, ce qui réduit l'effort musculaire nécessaire pour maintenir sa vitesse de croisière. Chez une espèce comme le thon rouge, capable de parcourir plusieurs milliers de kilomètres lors de ses migrations transatlantiques, cette économie d'énergie cumulée sur la durée du trajet représente un enjeu physiologique important.
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La vie en groupe multiplie aussi les chances de détecter des bancs de proies comme les sardines ou les anchois : plus il y a d'yeux, plus la probabilité qu'un individu repère une opportunité alimentaire augmente, et l'information se propage rapidement au reste du banc par simple observation des changements de trajectoire des voisins.
Un comportement exploité par la pêche en Méditerranée
Ce grégarisme, précieux pour la survie de l'espèce en milieu naturel, la rend paradoxalement vulnérable face à l'homme. Les thoniers senneurs repèrent les bancs de surface par avion ou par sonar puis les encerclent d'un seul coup avec de grands filets, une technique redoutablement efficace précisément parce que des centaines d'individus se trouvent regroupés au même endroit au même moment. Cette pêcherie a fortement contribué au déclin historique du stock méditerranéen de thon rouge, aujourd'hui encadré par des quotas internationaux stricts.
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